DIX-NEUVIEME PARTIE : La ultima

CHAPITRE 94 Le vent souffle

Une légère brise provoquait des vaguelettes et agitait les cheveux de Prune-Tzali. L’odeur de l’iode et des algues noires conférait à cette dernière cette impression de force prodigieuse qu’elle avait toujours ressentie face à l’océan. Ellle était à environ 30 grands pas de Morgaéus et le fixait. Ce dernier ne faisait pas un mouvement. Prune-Tzali ne put s’empêcher de remarquer :

Tu as la bouche pleine de sang : aurais-tu été blessé, ou aurais-tu plutôt imité tes amis zombies ?

Tu es décidément très perspicace… Cependant je n’ai pas savouré n’importe quelle partie du corps… Quelques coeurs encore tout chauds et palpitants associés à un breuvage concocté tout spécialement par Anne-Irma à partir d’un thé de la Japonaise, le tout sous un arc électrique généré par Asavelg… Je n’ai certes pas retrouvé l’intégralité de ma puissance, mais je m’en suis rapproché. Quand je t’aurai tuée, ce sera chose faite.

La brise se fit plus intense. Désormais, la surface de l’eau était agitée de petites vagues à l’écume d’aspect vitreux.

Je ne me laisserai pas tuer si facilement, gronda Prune-Tzali.

Voyons cela sans plus tarder, répliqua Morgaéus.

Le fé leva ses bras comme si c’étaient des ailes, ouvrit la bouche… Un souffle brûlant s’en échappa. Prune-Tzali l’esquiva. Morgaéus souffla une nouvelle fois. Une odeur âcre fit tousser Prune-Tzali, qui ne put échapper à une troisième salve encore plus brûlante. Elle courut vers la mer, et eut juste le temps de plonger entre deux crêtes d’écume blanche pour éviter une quatrième attaque et se rafraîchir.

Elle en profita pour explorer les abords sous-marins de Lymkvlatcha. Tout était noir : des pierres noires, des coraux noirs, des poissons noirs, des algues noires… Qui se détachaient très nettement sur le turquoise de l’Océan. La base de l’île restait obscure et semblait sombrer dans l’abîme de façon conique. Toutefois, parmi tout ce noir, il y avait régulièrement deux pierres blanches brillantes, qui faisaient comme des paires d’yeux. Prune-Tzali en compta douze. Douze yeux qui paraissaient la regarder. Six paires… Comme les six pétales de la Fleur d’Ecume.

Elle refit surface et gagna le rivage sans bruit. La mer avait grossi, les lames déferlaient et l’écume était désormais soufflée par le vent.

Morgaéus fut surpris de revoir Prune-Tzali.

Ce souffle aurait dû te tuer, rugit-il. Tu aurais dû voir ta peau fondre, des cloques se former, tes poils et tes cheveux se consumer, le tout dans une odeur de cochon grillé… Je vois… Tu es beaucoup plus coriace. Seul un souffle aussi brûlant que celui venu de l’âtre de la Terre sera efficace contre toi.

Prune-Tzali sourit. C’était décidément très pratique, un ennemi qui annonçait comment il allait attaquer, bien que le but de ces annonces fût d’épouvanter l’adversaire : cela permettait de trouver la parade adéquate. Contre un vent brûlant, il fallait un vent glacial. Lorsqu’elle avait provoqué le soulèvement des vagues avant de faire émerger Lymkvlatcha, elle avait compris qu’elle était capable de faire appel au vent polaire, et même de le créer.

Morgaéus souffla. Le vent brûlant rendait flou tout ce qui se trouvait sur son passage. Il se dirigeait à toute allure vers Prune-Tzali, qui mima de ses avant-bras le mouvement d’un éventail qui s’ouvre tout-à-coup, les doigts de chaque main écartés. Un vent polaire glacial surgit de ses mains, et figea le vent produit par Morgaéus.