DIX-SEPTIEME PARTIE : Le dernier jour

CHAPITRE 88 : Prune-Tzali contre Asavelg.

Prune-Tzali gravit les roches de la Plateforme des Hauts-Bas et rejoignit le fort, où Aurélien l’attendait.

T’étais où ? lui demanda-t-il.

A un endroit où moi seule pouvait aller.

Tout ce temps-là ? s’étonna-t-il.

Non, pas à ce type d’endroit ! J’étais à Volitsa, pour vérifier quelque chose. Morgane va bien. Nous pouvons ouvrir la porte sans danger.

Dans tous les recoins du fort, les combattants s’éveillaient, se frottaient les yeux, s’étiraient. Beaucoup se levaient en bâillant encore, les yeux toujours pleins de sommeil. Aruvah et Shadi se tenaient en haut de l’escalier qui menait vers la pièce où s’était enfermée Morgane. Ils avaient l’air plus fatigué que les autres.

Nous avons monté la garde toute la nuit, à tour de rôle, expliqua Shadi.

Juste au cas où… Mais nous n’avons entendu ni coup sur la porte, ni hurlement rauque, ajouta Aruvah.

C’est normal, sourit Prune-Tzali. Allons ouvrir cette porte.

Aruvah-Tuhra ouvrit la porte par magie. Allongée sur un confortable matelas, éclairée par les premiers rayons du soleil, Morgane dormait paisiblement.

Hé ! remarqua Prune-Tzali avec un sourire jusqu’aux oreilles. Vous entendez ? Elle ronfle !

Rhoooo ! fit Aruvah d’un ton réprobateur.

Des cris retentirent. Morgane ouvrit les yeux, puis se dressa d’un bond.

Nous sommes attaqués ! s’écria-t-elle.

Tous se précipitèrent en haut du fort.

Que se passe-t-il donc ? Les grands tourbillons ne sont pourtant pas encore dissipés, les combats ne devraient pas avoir repris ! s’exclama Tuliz.

N’oublions pas qui nous avons en face, rappela Morgane. Asavelg est une fée, et Morgaéus, bien que déchu, n’en reste pas moins fé aussi.

Nous ne pouvons pas nous défendre dans de telles conditions. Les grands vents nous repoussent systématiquement vers le fort, reprit Tuliz, montrant quelques combattants qui tentaient, sans succès, de franchir les tourbillons venteux.

Ils vont bientôt cesser, dit Morgane. Préparez-vous.

En effet, le vent s’estompa vite, et on put voir Asavelg à l’oeuvre. La fée lançait sort sur sort, qui faisaient comme des claquements de fouets sur le sol et sur la mer. Céruléens, Oluliens et Humains purent enfin riposter, du moins se protéger à l’aide de vagues, de flammes et de boucliers.

Là ! indiqua Prune-Tzali. Si cette pimbêche reste occupée à balancer ces sorts, je pourrai m’approcher suffisamment d’elle et lui régler son compte.

Elle s’élança dans la bataille, Aurélien sur ses talons. Un sort ratant de peu la tête du jeune homme provoqua l’ire prunesque.

Je te préviens, tonna-t-elle à l’attention d’Asavelg : tu touches à un seul bout de cheveu de la tête d’Aurélien et je t’éclate la hure !

Toujours aussi délicate dans tes propos, répondit la fée d’un air narquois. Je te rappelle que lorsque nous nous sommes affrontées je t’ai battue.

J’avais le dos tourné, espèce de lâche ! Mais là, c’est différent. Tu vas m’affronter face à face, et je ne quitterai pas ton regard des yeux !

Sur ces mots, Prune-Tzali prit son apparence Okéanou Malka et enchaîna elle aussi les attaques : le requin, l’espadon, le poisson-scie, et même la raie, secondée par Perle-de-Lune pour éviter de tourner le dos à son ennemie et d’ainsi se faire avoir comme la dernière fois. Toutes ces attaques eurent aussi pour effet de repousser Asavelg dans son camp.

Allez, viens par ici, sale blondasse, dit Prune-Tzali entre ses dents.

Oh ! Le langage, Tzali ! vociféra Perle-de-Lune.

Oui, c’est vrai qu’il ne faut pas confondre blondeur et blonditude ; Somova Rovéna est blonde mais c’est quelqu’un de très bien. En revanche, Asavelg n’est qu’une grosse…

Un long son strident couvrit l’insulte proférée par Prune-Tzali. Des mains d’Asavelg sortirent de monstrueux spectres beuglants. Perle-de-Lune et Prune-Tzali se regardèrent brièvement puis fermèrent les yeux, montèrent leurs mains à hauteur de leurs épaules, puis les projetèrent vers l’avant en ouvrant brutalement les yeux. Les monstres marins de la mère et de la fille ne firent qu’une bouchée des spectres d’Asavelg. Déconcertée, cette dernière protesta :

Tu me traitais de lâche, mais deux contre une n’est pas très courageux non plus.

Il fallait bien équilibrer les forces, répliqua Perle-de-Lune calmement. Tu es une fée, nous sommes mortelles. Faire face à deux pour contrer ton attaque monstrueuse n’avait donc rien de scandaleux.

Certes, mais par principe… Voilà qui va rééquilibrer numériquement les choses; répondit Asavelg en souriant cruellement.

Deux grand cercles se tracèrent au sol, l’un autour de Prune-Tzali, l’autre autour de Perle-de-Lune.

Voyons ce que vaut mon apprentie contre la reine des Céruléens, clama Asavelg. Anne-Irma, je te laisse prendre soin de Perle-de-Lune. Moi, je vais m’occuper de Prune-Tzali.

C’est quoi, cette nouvelle attaque ? se demanda cette dernière.

Une jeune fille, aussi blonde et péremptoire qu’Asavelg, se matérialisa dans le cercle où était Perle-de-Lune. Elle considéra la Céruléenne d’un air condescendant, sourit, et de gigantesques flammes s’élevèrent tout le long du cercle.

Elle va ne va pas faire long feu, si je puis dire, minauda la fée. Tiens, une autre apparence ?

Le surgissement des flammes et le mot “feu” avait donné une idée à Prune-Tzali, qui avait revêtu l’apparence Malka Draconis. Elle fixa son ennemie d’un air déterminé, eut son fameux sourire presque carnassier, rugit et souffla doucement. Les lumières jaunes, oranges et rouges sortirent de la bouche de Prune-Tzali, se matérialisèrent en cinq femmes de feu, qui entourèrent Asavelg et dansèrent en chantant autour d’elle.

Non ! s’écria la fée d’un air tendu.

Les femmes de feu tournèrent de plus en plus vite, et bientôt s’éleva la Kalijaga. Asavelg hurla de terreur lorsque le Feu Noir s’empara d’elle. Il y eut une grande lumière, puis tout se dissipa. La grotte de l’entrée d’Oluleï était désormais ornée d’une nouvelle statuette, belle et hautaine.