La Fleur d'Ecume

12 décembre 2011

Chapitre 57 : le poignard de Koraï (Corail).

Chapitre 57 : le poignard de Koraï (Corail).

 

« En haut de ces rochers ! » fit Prune tout haut à elle-même. Elle souriait, car elle sentait que le poignard n’était pas loin. Morgane s’était procurée une sorte de boussole qui n’indiquait pas le nord comme n’importe quelle boussole, qui ne donnait pas non plus la direction de ce qu’on désirait le plus au monde comme celle du Capitaine Jack Sparrow, mais qui était attirée par les roches constituant le poignard de Corail. La boussole avait guidé Prune vers Nice, et semblait montrer désormais la direction d’une cavité. Prune gravit les rochers, s’arrêta un peu pour admirer la mer, puis reprit sa route. Pas de doute, la boussole voulait que Prune entrât dans la grotte. Il y faisait plutôt sombre, mais très vite elle distingua une « salle » plus claire, dans les tons rouges. La boussole s’agitait dans tous les sens : le poignard était là… Mais il y avait déjà quelqu’un, un jeune homme allongé sur une sorte de table. Des chaussures, un maillot, un sac et des instruments de mesures et de prélèvements gisaient sur le sol de la grotte. Prune s’approcha avec précaution du jeune homme, et découvrit qu’il était coincé dans un dispositif bizarre comportant une scie. Or, sous ce dispositif, il y avait…

« Le poignard de Koraï ! » s’exclama Prune.

– Ne me fais pas de mal, gémit le jeune homme, qui que tu sois, je t’en supplie, ne me fais pas de mal ! implora Bastien.

– Non, je…

– Tu es celle qu’il attendait, non ? Celle pour qui il a écrit ce message…

– Un message ? Quel… »

Prune découvrit alors les mots laissés par Morgaéus sur le torse de Bastien. Elle laissa échapper quelques injures à l’égard de son ennemi, se présenta et demanda au jeune homme (qu’elle trouvait très joli) qui il était. Puis…

« C’est embêtant, si je te scie, il y aura du sang sur le manche du poignard, et il ne doit en aucun cas y en avoir… C’est pour cela que l’autre ignoble face ne peut pas y toucher… Comment faire ?... Oh, je sais ! »

Prune prit son couteau de plongée et tenta de dévisser le dispositif. Toutefois, la scie risquait de blesser Bastien…

« As-tu de l’eau dans tes affaires ?

– Oui…

– Parfait ! »

La jeune fille trouva la bouteille d’eau de Bastien, l’ouvrit, et manipula le liquide de manière à ce qu’il s’immisce entre le dispositif et le corps du jeune homme, qui frémit en sentant l’eau l’entourer.

« Mais… Qui êtes-vous, au juste ?

– Moi, je suis Quatre-Quart. Ce serait trop long à t’expliquer. L’autre est une espèce de sorcier, fé déchu, qui voulait m’avoir de son côté et comme j’ai refusé maintenant il veut m’éliminer. Je sais, c’est impossible à croire, surtout pour toi qui est d’au-delà des Grandes Brumes, mais bon… Ne t’en fais pas, en tout cas : mon stratagème fonctionne à merveille… Tu as mal ?

– Il m’a brûlé aux pieds, aux épaules, et sur le torse…Mais…Mais qu’est-ce que tu fais ? Non ! NON !»

Prune avait craché une flamme, ce qui avait terrifié Bastien. Toutefois, la flamme prunesque, bleu-ciel et blanche, caressa doucement les blessures du jeune homme, qui soudain ne ressentit plus aucune douleur. Sa respiration se fit plus tranquille, et il sourit (et Prune se dit que cela serait un vrai gâchis de le scier).

L’eau réussit à ôter la scie, libérant ainsi les bras du prisonnier. Prune lui demanda de prendre appui sur les rebords de la caisse, de manière à pouvoir laisser l’eau, à qui elle avait fait prendre une forme de main, s’emparer du poignard et le sortir. Elle le tenait enfin, ce fameux poignard qui devait produire quelque chose qu’elle ignorait mais que les dieux et Morgane connaissaient bien. Elle le contempla lentement, effleura le manche, effleura la lame, admira ses yeux dans la lame, remit ses sourcils en place. Le poignard semblait respirer et même avoir un pouls…

« Aide-moi, s’il te plait.

Oh, sursauta Prune, oui, bien sûr… »

Tout absorbée par le poignard, elle avait complètement oublié Bastien et où ils étaient. Elle l’aida à se dégager de la caisse et à descendre de la table. Quand il eut les pieds au sol, le jeune homme grimaça de douleur ; Prune renouvela nonchalamment sa flamme bleue et blanche, Bastien put à nouveau marcher ; il se chaussa, se revêtit, ramassa ses affaires…

« Ne restons pas là, décida soudain Prune, s’il revient, ici, cela risque de ne pas être suffisamment grand. »

Bastien ne chercha pas à comprendre ce que disait la jeune fille, qui se dirigeait vers l’endroit d’où elle était venue. Cependant, elle se rendit compte que c’était assez vertigineux dans ce sens-là. Comment se faisait-il qu’à la montée elle n’avait pas eu ce vertige, et que désormais elle se sentait comme aspirée par la mer en contrebas ? Bastien lui conseilla un autre chemin, beaucoup moins abrupt quoiqu’assez escarpé. Ils firent demi-tour, dépassèrent la salle, s’engagèrent dans une petite galerie, et ne tardèrent pas à se retrouver à l’air libre.

Ils descendaient peu à peu vers la mer, qui était d’un bleu limpide. Prune se félicita d’avoir mis un pantalon et des baskets, mais se maudit de ne pas avoir pris de sac où elle aurait pu ranger la boussole et le poignard, car ce n’était pas très pratique de prendre appui sur les rochers tout en prenant soin de ces objets.

Ils s’engagèrent dans un petit défilé. Bastien marchait devant, mais se retournait très souvent pour voir si Prune suivait bien. Il l’aida à passer une marche assez haute où les objets l’encombraient. Prune s’appuya sur le roc, mais…

« Aïe, ouille ! »

Elle s’était blessée à la main droite sur un morceau effilé du roc. Elle lécha sa blessure pour tenter d’empêcher le sang de couler, puis poursuivit sa route.

« Nous sommes presque arrivés, maintenant, annonça Bastien, mais il y a encore ce petit pic à franchir. Ça ira ?... Prune ?

Comme il ne recevait pas de réponse, il se retourna, et la peur le figea. Prune avait les yeux mi-clos, souriait de façon inquiétante, ondulait d’avant en arrière comme en transe… Ses dents parurent soudain plus éclatantes et plus pointues. Elle tenait la boussole dans sa main gauche, le poignard dans sa main droite, et Bastien vit, horrifié, du sang sur le manche du poignard. Il avait entendu qu’il ne fallait surtout pas qu’il y en ait… Il tenta de s’échapper, mais trébucha.

Prune entendait le poignard dans sa tête : « tue-le, tue-le »… Une autre voix luttait : « tu sais qui tu es, tu sais qui tu es, ne te laisse pas gagner par l’esprit du poignard ! »… Mais très vite, la voix du poignard l’emporta, l’autre se tut, et Prune ne brandissait plus le poignard : elle était le poignard. Il fallait frapper, poignarder ce misérable humain tremblant qui se protégeait la tête des mains, recroquevillé contre les roches… Elle sourit de toutes ses dents, inclina la tête d’un côté, puis de l’autre, s’approcha de Bastien en brandissant le poignard, éclata de rire, abaissa violemment son bras, la lame s’enfonça dans le bras du jeune homme, Prune releva le bras et s’apprêtait à recommencer, quand une main s’empara de son poignet et arrêta son geste. Prune se débattit, mais la main était puissante, et finalement lui fit lâcher le poignard. Prune reprit ses esprits. Elle regarda Bastien, qui avait les yeux fixés sur la personne qui l’avait sauvé en arrêtant le bras fou prunesque. La jeune fille se retourna. Une femme Céruléenne aux cheveux bleu-nuit lui souriait tendrement. Prune sut immédiatement qui elle était.

« Maman ! »…

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05 décembre 2011

Chapitre 56 :Bastien.

Chapitre 56 :Bastien.

 

Le soleil venait à peine de se lever sur les alentours de Nice. Un jeune homme brun aux yeux marron escaladait les roches. Il devait effectuer des relevés pour ses études. Au détour d’un rocher, il aperçut un caillou noir éclatant. Intrigué, il entreprit de creuser la roche avec précaution autour du caillou pour le recueillir. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant qu’il ne s’agissait pas d’un caillou, mais d’un poignard ! Un magnifique poignard au manche rouge et noir, brillant, serti de pierres qu’il n’avait jamais vues. Il resta un moment à le contempler, émerveillé, mais un violent coup dans le ventre le tordit de douleur. Il se rendit compte qu’il ne pouvait plus faire aucun mouvement. Le poignard était tombé à terre. Le jeune homme se sentit soulevé, vit le poignard voler lui aussi, et se retrouva vite dans une grotte, allongé sur le dos, pieds nus, torse nu, très fortement ligoté. Il tenta de crier, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Il vit alors un homme immense s’approcher, un sourire grimaçant aux lèvres.

« Oh, ne t’inquiète pas, ta jolie petite gueule va de nouveau produire des sons, mais uniquement les sons qui me seront utiles. »

L’homme était chauve, il avait des yeux rouges, des sourcils rouges, un grand front avec une sorte de boucle rouge au centre. Ces mains aussi étaient rouges ; le jeune homme constata avec effroi que le rouge des mains était en réalité du sang, et que les dents de l’homme étaient pointues.

« On va commencer par le début, reprit l’homme d’une voix onctueuse. Tu vas me dire ton nom…

– Bastien, murmura le jeune homme. Bastien Cassar…

– Bien, mon cher Bastien, et que faisais-tu ici ?

– Des relevés de roche, répondit Bastien.

– Ne mens pas ! tonna l’homme en posant ses mains sur les pieds de Bastien, qui sentit alors une brûlure insoutenable.

– Je ne mens pas, balbutia Bastien.

– Que faisais-tu, alors, avec le poignard de Corail en mains ?

– Le quoi ?

– Ne te moque pas de moi, lança syllabe après syllabe Morgaéus avant de poser ses mains sur les épaules de Bastien, qui hurla de douleur. Tu l’as récupéré pour elle, et tu t’apprêtes à le lui donner, c’est évident.

– Mais je ne sais pas de quoi ni de qui vous parlez », haleta Bastien.

Morgaéus esquissa un sourire.

« Tu m’as l’air sincère… Malheureusement tu ne m’es donc d’aucune utilité, mais tu pourrais me gêner… Je n’ai pas d’autre choix que de te tuer… »

Les yeux de Bastien s’agrandirent de peur.

« Mais je te réserve quelque chose de bien plus amusant. »

Morgaéus croisa les doigts, il y eut un éclair aveuglant, et Bastien se retrouva sur un dispositif complexe en bois. Le poignard était coincé tout au fond d’une caisse dans laquelle se trouvait Bastien. Une scie était fichée dans le haut de la caisse, et Bastien pouvait sentir sur son ventre et ses bras ses dents froides et acérées. Morgaéus se pencha au-dessus de Bastien et lui caressa les cheveux.

« Tu comprends, ce que cette petite peste importune veut plus que tout, c’est ce poignard, or désormais le seul moyen qu’elle aura de récupérer ce poignard, ce sera de te tuer. Et je tiens à ce qu’elle le sache clairement. »

Morgaéus inscrivit alors avec son index droit sur le torse de Bastien un message pour Prune : « pour récupérer le précieux poignard de Corail, il te suffit de scier en deux ce ravissant jeune homme ». Le doigt de Morgaéus était aussi brûlant qu’un fer chauffé à blanc, et arracha à Bastien des hurlements déchirants.

« Nous verrons bien jusqu’où elle pourra aller. Soit elle refusera de te tuer, et dans ce cas ne reprendra jamais ce dangereux poignard, soit elle te tuera alors que tu n’y es pour rien dans cette histoire, et cela la laissera dans un état psychique tel qu’elle ne constituera plus jamais une menace pour moi. Dans les deux cas, j’aurai gagné ! »

Morgaéus et ses sbires disparurent, laissant le pauvre Bastien complètement paniqué.

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28 novembre 2011

Chapitre 55 : escapade au Palais du Tau.

Chapitre 55 : escapade au Palais du Tau.

 

A bord du Tartoche, conduit par ZeN et copiloté par Titine, Prune relatait à Shádi tout ce qui s’était passé depuis leur rencontre à Kourchéda.

« Et là, tu t’es toi-même coupé la natte !

– Quoi ? J’ai fait ça, moi ? La honte… Et quelqu’un le sait, là-bas ?

– Personne, à part Nilimashku, Navtchi et ta sœur. Mais elle était fière de ton geste, ne t’en fais pas. »

Cependant, alors qu’ils arrivaient à Fismes, le moteur commença à donner de sérieux signes de faiblesse, et s’arrêta complètement.

« Cela va prendre un peu de temps pour réparer l’engin, dit Titine.

– Mais ce n’est pas grave, dit ZeN. Regardez dans la soute à purée. »

Prune et Shádi regardèrent dans le coffre et en sortirent deux monocycles équipés d’un guidon. Sceptiques, ils essayèrent les monocycles, constatèrent que c’était finalement moins difficile que ça ne le paraissait, et se mirent en route.

« Il vaut mieux rouler à l’anglaise, cria Prune pour couvrir le bruit de la circulation.

– Quoi ? fit Shádi, de même.

– Il vaut mieux rouler à l’anglaise, répéta Prune plus fort en détachant les syllabes. Comme ça, on aura les voitures qui viendront en face de nous, et pas derrière nous. »

Les voitures qui les croisaient les klaxonnaient parfois. Certaines personnes riaient et les gratifiaient d’un pouce en l’air approbateur, tandis que d’autres leur tendaient un autre doigt moins sympathique. Shádi voulut dégainer son sabre pour leur apprendre la politesse, mais Prune lui fit signe de laisser tomber. Les deux monocyclistes prirent une route sur leur gauche, plus petite et moins fréquentée que la nationale. Mais au beau milieu de la route, il y avait un tas de blocs de béton. Allons bon… Prune remarqua un petit bouton sur le bord droit du guidon. Elle appuya dessus, et le monocycle se métamorphosa en échasses. Prune franchit le mur, se retourna pour conseiller à Shádi d’en faire autant, et découvrit alors que des policiers étaient à leur trousse. Des policiers ou des sbires de Morgaéus ? Dès que Shádi eût franchi le mur à son tour, Prune pressa une nouvelle fois le bouton, et les échasses redevinrent un monocycle. Shádi fit de même, et les deux amis se mirent à pédaler à toute vitesse ; ils semèrent rapidement leurs poursuivants, quels qu’ils étaient.

Des groupes de touristes et des groupes scolaires se pressaient et se croisaient au Palais du Tau. Des guides expliquaient dans plusieurs langues aux touristes ce qu’ils voyaient, des enseignants incitaient les élèves à rester en groupe et à se dépêcher.

« Comment reconnaîtrons-nous le coffret ? murmura Shádi.

– C’est facile, c’est un coffret fermé, qui bougera de lui-même si je le lui demande. »

Devant chaque coffret clos, Prune susurrait quelques mots en okéani. Aucun n’avait bougé, et ils avaient parcouru toutes les salles. Le coffret contenant le poignard serait-il dans la réserve ? Si c’était le cas, cela risquait de compliquer les choses…

« Et maintenant, dit le conservateur du musée aux scolaires, je vous invite à venir voir en avant-première les nouvelles salles du musée : un bâtiment moderne, attenant au Palais du Tau, qui contient tout ce qui a pu être découvert mais qui n’a aucun rapport avec la ville de Reims ou sa région. Suivez-moi. Nous prendrons les escaliers car vous êtes trop nombreux pour qu’on puisse s’engouffrer dans les ascenseurs. »

Prune et Shádi se regardèrent, eurent la même idée, et emboîtèrent le pas aux enfants. Il y avait une classe de CP-CE1 et une classe de 6ème. Or, à la fin du groupe des collégiens, une fille aux cheveux châtain qui regardait fixement Prune et Shádi finit par dire : « ça va mieux, apparemment, depuis l’autre fois !

– Tiens, Dinah ! Comment vas-tu ?

– Bien…Alors, tu as retrouvé ton nom ?

– Oui, c’est… Prune…Quoi ?

– Non, rien… Ce n’est pas courant…

– Dinah ! Dépêche-toi et viens voir les coffrets ! » dit alors l’enseignante.

Prune et Shádi l’accompagnèrent. Ils montèrent dans une salle où étaient entreposés de très jolis coffrets. Le regard de Prune fut attiré vite par trois enfants de l’autre classe qui s’étaient mis dans un coin : un petit blond qui dansait en admirant son reflet dans une vitre, un autre garçon un peu plus grands aux cheveux très noirs qui s’amusait à tourner ses doigts dans tous les sens et à faire des grimaces pour faire rire les filles de la classe, et un autre, plus grand encore, aux cheveux roux et un air arsouille. Puis les yeux de Prune distinguèrent ce que protégeait la vitre derrière les trois enfants : un coffret bleu-nuit, au décor aquatique sculpté, avec deux sirènes qui se faisaient face avec un index sur la bouche comme pour dire « chut ! ». Prune murmura : « est-ce toi ? Si oui, approche-toi », et le coffret s’approcha.

« Théo, Gavrila, Gabin ! s’exclama l’enseignante des CP-CE1. Combien de fois devrai-je vous répéter de ne toucher à rien ?! Rejoignez le rang, dépêchez-vous ! »

Les enfants protestèrent qu’ils n’y étaient pour rien, mais personne ne les crut.

Shádi tira de sa ceinture une espèce d’aiguille, et ouvrit la vitre de protection du coffret avec dextérité. « Viens ! » dit Prune au coffret, qui lui sauta dans les mains. La jeune fille secoua le précieux objet pour s’assurer qu’il y avait bien le poignard à l’intérieur, sourit en entendant le bruit du couteau, et dissimula le coffret dans le sac en tissu mauve avec des inscriptions en sanskrit que lui avait offert Aruvah juste avant son départ. Mais l’alarme retentit, et des lumières se mirent à clignoter. Shádi voulut prendre le sac, mais le coffret ne voulut pas changer de mains. « Vite ! Sauve-toi par l’escalier et attends-moi en bas, entre la cathédrale et la bibliothèque… Ou juste devant la médiathèque, plutôt. Vite ! »

Alors que Shádi s’éclipsait, Prune grimpa quatre à quatre les étages pour faire croire qu’elle n’était pas dans la pièce où avait eu lieu le vol. Et si elle arrivait à gagner une sortie de secours et à descendre par un escalier extérieur ? Mais malheureusement, des policiers bloquaient chaque sortie de secours. Elle en entendait d’autres monter. A l’étage inférieur, les enseignants tentaient de tenir leurs élèves, mais Dinah, Théo, Gabin et Gavrila s’étaient mis un peu en retrait et essayaient de voir ce qui se passait. Prune se précipita dans l’ascenseur. Elle entendit un des policiers dire « quelqu’un dans l’ascenseur ! Vérifiez chaque palier ! ». Très vite, elle appuya sur un bouton pour bloquer l’ascenseur. Pourtant les portes s’ouvrirent, et elle se rendit compte que sa tête était visible, juste à la hauteur du plancher de l’étage où se trouvaient les enfants. Dinah la vit. Les trois garçons tournèrent la tête et la remarquèrent également. Prune se recroquevilla dans l’ascenseur, les oreilles aux aguets. Les enfants se consultèrent du regard rapidement et se mirent d’accord tacitement. Un policier se précipita sur eux : « vous avez vu le voleur ? Par où est-il parti ? ». D’une même voix, les enfants répondirent : « il est parti par là ! », chacun montrant une direction différente. Le policier, exaspéré, grommela quelque chose sur les gens qui font perdre du temps aux autres, puis demanda aux enfants s’ils avaient réellement vu quelqu’un. Dinah répondit qu’elle avait cru voir quelque chose mais qu’en réalité elle n’avait vu personne. Le policier s’en alla en criant aux autres « c’est bon, il n’y a personne aux deux derniers étages », ce qui libéra la voie à Prune.

« Dinah, Théo, Gavrila, Gabin, aidez-moi donc, dit la jeune fille à voix basse.

– Ouah ! Tu es trop forte ! s’écria Gabin, le petit roux.

– C’est quoi, ta nom ? demanda Gavrila, le petit brun.

– Ton nom, corrigea Théo, le petit blond.

– Ton nom ? reprit le deuxième garçon.

– Prune Maldiz Biélouchka Andodromtsa Okéanou-Malka-Draconiste Tzali… en abrégé, bien sûr. Tenez-moi ça. »

Elle leur tendit le sac, et tous se questionnèrent sur ce qui y était écrit.

« C’est quelle langue ?

– Du sanskrit : c’est une langue de l’Inde.

– Ça s’écrit de gauche à droite ou de droite à gauche ? s’enquit Dinah.

– De gauche à droite, répondit Prune tout en se hissant et se tortillant pour se dégager de la cabine d’ascenseur. Merci de votre aide et bonne journée ! »

Elle leur fit un clin d’œil en souriant de toutes ses dents, se hâta de gagner le dernier étage et de descendre par l’escalier de secours à l’extérieur. Elle retrouva Shádi, et tous deux regagnèrent Fismes. Le Tartoche avait été réparé, et atteignit Siudka alors que la nuit commençait à tomber.

« Mais pourquoi tu ne t’ouvres pas ! » s’exclama Morgane après la douzième tentative d’ouverture du coffret. Elle avait essayé divers enchantements et sorts, mais rien n’avait fonctionné.

– Et si on lui demandait, tout simplement ? » suggéra Prune.

Elle dit « ouvre-toi » au coffret en okéani, mais sans succès.

« Oh, j’ai une idée… Sur le coffret, il y a des sirènes ; or, si seule une sirène pouvait l’ouvrir ?

– Essayons. »

Prune et Morgane plongèrent et se mirent à la recherche d’une sirène. Elles en trouvèrent une qui rôdait près des Coraux Morts Sous La Lune. Elle avait tout un bras comme brûlé et il lui manquait un œil. Elle contemplait mélancoliquement les Coraux tout en enroulant ses longs cheveux mauve sombre.

« Bonjour… Pourrais-tu nous aider, s’il te plait ? » se lança Prune.

La sirène se retourna et observa Prune et Morgane sans mot dire. Prune poursuivit.

« Pourrais-tu demander à ce coffret de s’ouvrir ?

– à une seule condition, dit la sirène : laissez-moi me venger de cet homme aux yeux exorbités qui hurle n’importe quoi en tournant sur lui-même. Il a capturé ma sœur il y a longtemps pour je ne sais quelle raison, et l’a fait mourir. Je veux le tuer moi-même.

– Pas de problème, dit Morgane, si tu ouvres ce coffret. »

La sirène chanta, le coffret s’ouvrit, et là…

« Ce n’est pas le bon ! s’écria Morgane.

– Quoi ? dit Prune, incrédule.

– Ce n’est pas le bon poignard ! Celui-ci est bien le poignard de Corail, mais celui fabriqué par elle pour son amoureux humain, pas le sien ! Où peut-il bien être, le sien ? »

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21 novembre 2011

Chapitre 54 : le Grand Conseil Divino-Mortel Océanique.

Chapitre 54 : le Grand Conseil Divino-Mortel Océanique.

 

Olukiba et Prune se rendirent à Koraïvloubpko (où ils apprirent que le nom de la ville signifiait « lieu épargné par Koraï »), car c’était beaucoup plus court de passer par là pour se rendre à la Fosse des Mariannes, où devait se tenir le Conseil. Les animaux donnèrent à Olukiba un ingrédient spécial pour respirer sous l’eau, et les accompagnèrent à la Grande Rivière Verte. Dès que Prune trempa un orteil dans l’eau, elle prit son apparence Biélouchka. Olukiba et elle furent guidés par le Brochet Argenté jusqu’à la mer. Là, les « déralimba », petits poissons phosphorescents, leur indiquèrent le chemin. C’était très beau ; on aurait dit une aurore boréale. Enfin, ils arrivèrent à la Fosse des Mariannes et s’y engouffrèrent.

Les dieux des eaux étaient déjà arrivés. Ils s’étaient installés « en escaliers » : le plus à l’extérieur et en hauteur se tenaient les dieux immatériels (tourbillons, maelström, courants…), puis juste en-dessous et venaient les dieux animaux (requins, orques, espadons…), puis les dieux de forme presque humaine (le Vieux de la mer, la Vieille, les Grecs Nérée, Protée, Poséidon et son cousin latin Neptune, l’Inuit Sedna,…). Après, plus vers l’intérieur, il y avait les mortels : Volitséens (les habitants des rivages égarés), Arkalysiens (les habitants des territoires sous les Pôles), Céruléens thératouliens (dont Rizalé) et Céruléens anthropouliens (dont Prabhavati et Tchileï), et les humains Tamashuk, Iouri, Irina et Mylko. Olukiba rejoignit Mylko, et Prune se retrouva seule au milieu du « théâtre ». Un son cristallin annonça l’arrivée des retardataires : Morgane, Aruvah et Shádi. Prune comprit avec effroi pourquoi ce dernier n’avait pas répondu à ses messages : il ne respirait presque plus…

La Néréïde Kallianassa[1] déclara d’une voix douce :

« moi, Kallianassa, fille de Doris et de Nérée, je déclare la séance ouverte. »

Puis ce fut le silence, et tous les regards se tournèrent vers Prune, qui, perplexe, se tourna vers Morgane.

« Je dis quoi ? » fit-elle à voix basse.

La fée s’approcha d’elle, et lui souffla :

« Dis ton nom, de qui tu es la fille, et pourquoi tu as convoqué le Conseil, tout simplement ».

Prune s’éclaircit la voix, puis commença :

« Prune, fille de Perle-de-Lune et de Tamashuk… Hmm… Alors… Si j’ai convoqué le Conseil, c’est pour qu’on puisse enfin venir à bout de… »

Elle s’interrompit au moment où son regard se posait sur Shádi : y avait-il un moyen de le sauver ? Elle poursuivit :

« Mais avant de mettre au point un plan anti-l’autre-con…

– Prune ! intervint Morgane à voix basse en fronçant les sourcils. Tu t’adresses à des dieux, quand même, surveille ton langage !

– Anti-Morgaéus, reprit Prune en se mordillant légèrement la lèvre inférieure, je voudrais savoir s’il existe un moyen de sauver le jeune homme que vous voyez là. »

Tous les regards se tournèrent vers Shádi, et un murmure agita l’assemblée. Poséidon et Sedna étaient en grande conversation, sous le regard noir d’Amphitrite. Un très jeune dieu intervint alors :

« Niritis[2], fils de Doris et de Nérée. Qu’a-t-il donc fait ?

– Rizalé, fille de Daurade-Rose et de Samoa. Cet humain a dérobé la Clé du Trident et a osé la passer autour de son cou. »

Nouveaux murmures indignés.

Attendez ! s’emporta Prune. S’il l’a dérobée, c’était pour la bonne cause ! La Clé était sur le point de tomber entre les mains d’espèces de…

– Peu importent les conditions dans lesquelles cet humain a passé la Clé autour de son cou : il ne devait pas le faire et mérite ce qui lui arrive ! rugit Rizalé.

– Je ne suis pas d’accord, dit Niritis. Peut-il s’avancer pour s’expliquer ? »

Aruvah aida Shádi à s’avancer. Sa voix n’était plus qu’un court souffle rauque, et c’est seulement grâce à une amplification des sons qu’on l’entendit susurrer :

« Shádi, fils de Syrlántiz et Vashudi. Si j’avais lancé la Clé, les autres l’auraient prise ; je n’avais pas le choix. Alors je l’ai passée autour de mon cou. ».

Sur ces mots, il s’évanouit.

– Je suis sûre qu’il y a un moyen de le sauver ! s’écria Prune. Et maintenant ! Tout de suite ! Là !

– Oui, il y a un moyen… Mais cela jouera sur sa mémoire. Nous pouvons le faire revenir au moment où tu es sur le point d’arriver Kourchéda : tout ce qui s’est passé depuis lui sera totalement inconnu. Il devra alors manger une petite perle rose pour respirer sous l’eau. »

Tous se tournèrent vers celle qui avait parlé : la Sage de l’Océan, l’hôtesse des lieux. On disait qu’elle était aussi âgée que la Terre. Elle vivait tout au fond de la Fosse et en sortait rarement. Elle s’était approchée de l’assemblée en silence, accompagnée de deux sirènes.

« Allez-y, alors… » dit Prune sans hésiter.

La Sage sourit et découvrit plusieurs rangées de dents. Les deux sirènes s’emparèrent en douceur de Shádi, le déshabillèrent et le menèrent à la Sage, dont les nombreux bras se déployaient pour récolter ce qu’il fallait. Une espèce de purée d’algues et de plancton fut vite confectionnée. Les sirènes en recouvrirent le corps de Shádi pendant que la Sage murmurait des formules. Enfin, cette dernière dessina du doigt un symbole complexe sur le front du jeune homme, lui toucha les paupières et les lèvres, et les Sirènes se mirent à chanter. Au fur et à mesure de leur chant, la mixture disparaissait de la peau de Shádi, qui reprenait une apparence normale. Ses cheveux repoussaient et se tressaient tous seuls. La Sage fit avaler une perle rose au jeune Kourchédan, qui ouvrit brusquement les yeux et respira bruyamment. Il regarda tout autour de lui, et se trouva tout confus de se trouver ainsi nu devant tant de monde. Il se rhabilla : ses vêtements de voyage s’étaient métamorphosés en somptueux vêtements de palais.

« Où suis-je ? » demanda-t-il.

Personne ne répondit. Shádi observa la curieuse assemblée et ne comprit pas : il était au fond de l’eau ? Mais comment pouvait-il respirer ? Ses yeux se posèrent alors sur une Céruléenne aux yeux flamboyants, très verts. Cette dernière le fixait intensément. Pourtant, il ne l’avait jamais vue… Il n’avait jamais vu une seule des personnes présentes dans ce lieu étrange… Mais tous pouvaient-ils être définis comme des « personnes » ? Il avait l’impression d’être face à des dieux… Mais pas seulement : il y avait des Céruléens, et des humains… Il plongea son regard dans les yeux de la Céruléenne aux yeux verts. Ces yeux-là lui rappelaient quelque chose… Quelqu’un… Et soudain, il se souvint :

« Prune ! » s’écria-t-il.

Des murmures s’élevèrent de toute part : comment pouvait-il se souvenir de Prune ? Seule la Sage n’en fut pas étonnée. Elle eut un sourire mystérieux, et repartit chez elle dans les profondeurs.

« Bien, reprit Kallianassa. Venons-en au plan.

– Morgane, fée protectrice de Siudka, ville située sur les ruines de l’ancienne Adtih. Je pense que la solution pour faire en sorte que vous savez quoi arrive…

– « Vous-savez-quoi » ? s’enquit Prune. Et qu’est-ce qu’on est censé savoir ?

– Prune, je m’adresse aux dieux, pas à toi. Je disais donc qu’à mon avis, la solution pour faire en sorte que vous savez quoi arrive, c’est de retrouver le Poignard de Corail. »

Les dieux se regardèrent tous en reprenant les trois derniers mots de Morgane. Cela provoqua un grondement qui rappela à Prune le bruit d’une haute cascade.

« S’agit-il de Corail la Rouge ?

– Oui… Il n’y a eu qu’une reine céruléenne de ce nom.

– Cependant… Ce poignard est extrêmement dangereux… Son pouvoir est terrible… Certes, il permettra… ça, mais si la moindre goutte de sang vient souiller le manche…

– Et combien de fois l’a-t-elle frappé, la dernière fois ?

– Cent dix-huit fois. Cent dix-huit coups de couteau.

– Quoi ? s’énerva Prune. Mais de quoi parle-t-on ? Koraï a frappé Morgaéus cent dix-huit fois avec son poignard et ça ne l’a même pas…

– Non, pas Morgaéus, expliqua Morgane d’une voix triste. Koraï a frappé cent dix-huit fois son fiancé humain ; tout ça parce que du sang avait souillé le manche de son poignard. Le rôle d’un poignard est de poignarder. L’esprit du poignard s’est emparé de l’esprit de Corail, et cette dernière a poignardé ce pauvre humain cent dix-huit fois. Après cela, elle qui était déjà folle de rage et qui avait prononcé les mots que nous savons, est devenue folle tout court. Elle est alors allée à Malditta et…

– Tout ce qui reste d’elle désormais, c’est ce petit bout de roche rouge… poursuivit Prune dans un souffle.

– Et son poignard, compléta Morgane. Son poignard est resté au-delà des Grande Brumes, en France. Le coffret scellé qui contient le poignard a été découvert par des archéologues. Ils n’ont pas pu l’ouvrir, mais quand ils l’ont secoué, ils ont entendu qu’il y avait quelque chose à l’intérieur. Il est maintenant exposé dans un musée, dans une ville que tu connais déjà, Prune.

– Reims ?

– Exactement. Le coffret, malgré ce que sa grande ancienneté aurait pu faire penser, n’est pas exposé au Musée Saint-Rémi, mais au Palais du Tau, près de la Cathédrale. C’est là que tu dois aller, Prune.

– Pourrais-je l’aider ? demanda Shádi.

– Oui… Et non. Tu pourras la seconder, mais seul un Céruléen (ou une Céruléenne) apparentée aux deux branches peut faire venir le coffret à lui (ou à elle).

– Excellent ! conclut Prune. Shádi, tu es prêt ? Moi oui. Quand partons-nous ?

– Une dernière petite chose, toutefois, intervint alors la Sage, qui était revenue : pour éviter que tu ne prennes ta véritable apparence dès qu’un de tes doigts ou de tes orteils touche de l’eau, tu devras te coiffer avec ceci. »

Elle tendit à Prune un pic à cheveux fait d’une matière inconnue.

« C’est fait en quoi ? demanda la jeune fille.

– Ce sont des roches du manteau terrestre, prises près des points chauds. Le pic prendra toutefois l’aspect du bois, du plastique ou même de l’or massif serti de pierres précieuses selon les besoins.

– Fin de la séance », annonça Kallianassa.

Dieux et mortels se dispersaient en discutant.

« Nous verrons bientôt Tzali-Sméruga », dit l’un des dieux, ce qui interpela Prune.

« Tzali-Sméruga ? Est-ce quelque chose en rapport avec moi ? » se dit-elle.

Elle voulut demander à Morgane, mais cette dernière était déjà partie. Elle se tourna vers Shádi : « en route ! » déclara-t-elle.



[1] En grec Καλλιάνασσα (Homère la mentionne dans l’Iliade 18, 46).

[2] En grec Νηρίτης, mentionné par Elien dans la Nature des Animaux, 14,28. Il est intéressant de remarquer que les Néréides sont censées être les cinquante filles de Nérée et Doris d’après Hésiode ; pourtant, quand on les répertorie, on s’aperçoit qu’elles sont plus nombreuses et qu’elles ont même un petit frère…

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14 novembre 2011

Chapitre 53 : coup de cafard.



Dixième partie : les poignards.

Chapitre 53 : coup de cafard.

 

Cela faisait presque deux mois que Prune était revenue à Siudka. Elle avait terminé son Master, devenant ainsi la plus jeune diplômée, à ce niveau, de Civilisations Anciennes de l’Université de Siudka. Elle avait postulé un peu partout, mais n’avait reçu que des réponses négatives, ce qu’elle vivait plutôt mal. Ses amis étaient partis çà et là à cause de leur travail. Les enfants étaient en vacances. Prune était toute seule et s’ennuyait. Elle était retournée à la grange abandonnée, son repaire, s’était un peu entraînée à l’utilisation du feu, puis s’était lassée. Elle était allée à Cérulées, on l’avait accueillie à bras ouverts, puis, chacun vaquant à ses occupations, elle s’était vite retrouvée toute seule. Alors, elle était allée nager près des Coraux Morts Sous La Lune, mais ne les avait pas trouvés bien différents des autres coraux morts. Elle s’était rendue à la maison de retraite pour voir si la vieille dame aux oiseaux était là, mais cette dernière était en vacances chez ses enfants. Elle était allée chez Morgane, mais la fée était toujours absente… A moins qu’elle ne refusât de la voir ? Prune erra un moment dans la forêt, puis sur la plage. On voyait toujours, au loin, les colonnes d’eau qui menaçaient de s’abattre sur la ville. La jeune fille se rendit à Malditta, en passant par la mer. Elle fit plusieurs fois le tour de l’île, explora les fonds marins, puis remonta. Alors, elle s’attela à des sudoku, mais après en avoir fait une dizaine elle voulut faire autre chose. Elle avait envoyé des messages à ses amis, à son père, son frère et sa belle-mère, mais aucun n’avait encore répondu. Elle se sentait totalement délaissée, surtout après avoir été au centre de tout ce qui s’était passé dernièrement. Avait-on peur du monstre, finalement ? Elle méditait sur la plage, assise sur un rocher, les yeux perdus dans l’océan sans le voir. Ses doigts jouaient machinalement avec sa bague.

« Tu es tentée de l’ôter ? » dit une voix.

Prune se retourna. Un homme se tenait là, vêtu d’un jean, d’un pull et d’un coupe-vent dont la capuche était rabattue sur la tête. Prune l’observa quelques secondes ; elle connaissait cette voix, elle reconnut les yeux d’Olukiba. Cela fait bizarre de le voir habillé de la sorte, mais il est toujours aussi beau, pensa la jeune fille.

« Cela fait quelques minutes que je t’observe, reprit le roi en s’asseyant près d’elle, et autant de minutes que je te vois jouer avec ta bague.

– Je ne m’en suis même pas rendu compte, répondit Prune d’une voix maussade.

– Tu n’as pas arrêté de la tripoter. Qu’est-ce qui te passe par la tête ? »

Prune soupira longuement, mais ne répondit pas.

« Ça ne va pas ? dit gentiment Olukiba.

– Non, mugit Prune... Monde de merde… Humains pourris…

– Tu ne peux pas mettre tous les humains dans le même panier, ni généraliser sur le monde. Tout n’est pas complètement mauvais.

– Mais ce monde ne me donne pas ma chance !... Alors, si le monde ne me donne pas ma chance, donnerai-je une chance au monde ? Je suis révoltée par ce qui s’est passé, dégoûtée de ce qui se passe, et dépitée par le futur qui ne s’écrit pas ! Ça m’énerve ! »

Des larmes de rage coulaient sur les joues de Prune. Olukiba attendit un moment, puis dit : « Sais-tu ce qui se produira, si tu enlèves la bague ?

– Ouaip ! Plus rien ! Finito ! Et tranquilla Lamimilla !

– Et après ? Tu feras quoi ?

– J’irai à Cérulées… Ou à Oluleï… Ou au-delà des Brumes… J’en sais rien !

– A Cérulées comme à Oluleï, tu seras celle qui aura détruit le monde et personne n’osera t’approcher.

– Tant mieux ! Comme ça, personne pour m’emmerder !

– Au-delà des Brumes, j’y suis allé : c’est un monde bizarre, tu te plaints de celui-ci, mais celui d’au-delà des Brumes est bien pire et manque cruellement de fantaisie. Et dès que tu ne viens pas du bon endroit, crois-moi, c’est terrible. C’est cela que tu veux ? Supprimer les humains qui osent un peu faire preuve d’extravagance ?

– Non, surtout pas ! Yaksad bien, chez eux !

– Penses-tu vraiment ce que tu dis ?

– Ouais… Enfin… Oh, ça m’énerve ! J’en ai marre !

– Pense qu’il y aura aussi des enfants parmi tous ceux-là. Pense aussi que tu as en toi un quart d’humain… Et que Lolim était loin d’être « pourri ».

– C’est vrai… Je ne sais pas quoi faire…

– Et si tu convoquais le Conseil ?

– Quoi ?

– Le Grand Conseil Océanique Divino-Mortel. Convoque-le, c’est le moment. Il t’aidera à y voir plus clair, à statuer et… à réfléchir sur un plan anti-Morgaéus....

– Tu as raison ! s’écria Prune en se levant d’un bond. C’est la meilleure solution ! »

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10 novembre 2011

arrêt sur images !

Après la reconstitution de la grande carte, Prune peut se rendre à Yiyor. Elle ne trouve que des ruines, et, alors qu'elle boit de l'eau à sa bouteille, fait tomber le bouchon. Elle le cherche, le trouve à côté d'un caillou sculpté, qu'elle ramasse, puis repose sur une pierre. Par les volcans, elle atteint Oluleï et fait la connaissance de Sliéta, d'Avnilika la lugadaki (=premier conseiller (-ère) du roi) et d'Olukiba, le roi. Elle y retrouve également son père et la mère d'Aruvah. Olukibah indique qu'elle doit se rendre aux Portes, escortée par une mi'ikiba. Au cours de l'expédition, elle tombe sur des êtres étranges, anciens humains et animaux venant de Morgaéusia qui sont passés par le trou où Morgaeus a massacré Fructidora et Anaxa et qui sont désormais maudits. Ces êtres capturent un mi'iki et l'hyptnotise pour qu'il tue Prune et les autres mi'ikih. C'est alors que se rompt le sceau qui dissimulait l'apparence dragonesque de Prune : elle devient Andodromtsa. Aux portes, elle fait la connaissande de Mylko, et s'entraîne avec Sliéta à prendre ses différentes apparences. Une fois l'entrapinement achevé avec succès, elle retroune à Siudka.

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Andodromtsa

 

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Malka Draconis

 

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Sliéta  -  Olukba   -  Avnilika  -  Mylko

 

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20 octobre 2011

Chapitre 52 : l'entraînement.



Chapitre 52 : l’entraînement.

 

Le lendemain matin, les mi’ikih repartirent de bonne heure. Après un copieux petit déjeuner, une fois lavée, habillée, Prune retrouva Sliéta derrière le Palais. Au loin s’écoulait lentement le Torrent Argenté d’Ecume et de Rage.

« Tu dois maîtriser tes flammes, dit Sliéta. Jusqu’à présent, c’était de l’instinct, des essais, plutôt réussis en ce qui concerne la réouverture des ruelles, ce qui prouve que tu as de grandes capacités. Mais désormais, il faut que tu contrôles. Commençons par le début. Tu vas mettre tes mains de sorte que la droite forme une petite coupelle et la gauche le couvercle de la coupelle… Non, les coudes doivent rester le long du corps… Voilà. Maintenant, tu vas tout doucement lever le couvercle, tu le refermes, tu fais pivoter tes mains pour que la gauche forme la coupelle et la droite le couvercle, tu soulèves le couvercle, tu le refermes, tu fais pivoter pour échanger, et tu recommences ainsi jusqu’à ce que se forme une boulette de feu.

– Ça prend combien de temps ? demanda Prune.

– Tout dépend de toi.

– Ça chauffe…

– Alors c’est que tu commences à produire du feu, c’est normal. »

En moins de trente secondes, Prune tenait dans chaque main une petite boule de feu. Instinctivement, elle se mit à jongler avec, avec l’approbation de Sliéta ; toutefois, au bout d’un moment, Prune lança les deux boules de feu derrière elle.

« Concentre-toi ! intervint Sliéta en fronçant les sourcils.

– Mais c’était pour rigoler, pour voir…

– On n’est pas là pour rigoler. Recommence. »

Prune soupira et recommença de mauvaise grâce. Cependant, les boules de feu furent plus grosses et fabriquées plus vite, Prune jongla plus rapidement, les boules allèrent plus haut. C’était de plus en plus facile. Prune les rattrapa, les envoya très haut, et elles fusionnèrent en une jolie flamme qui s’évanouit dans les airs.

« Très bien ! Maintenant, prends ton apparence Andodromtsa, et recommence. »

Prune plia ses bras, puis les déplia en prononçant à voix basse ce nouveau nom « Andodromtsa », ses ailes apparurent, elle s’envola. Des flammes naquirent entre ses mains dès la première « ouverture de couvercle ». Elle dansa avec, produisant des arcades enflammées, un petit feu d’artifice et de minuscules cascades de flammes. La fumée vint lui chatouiller les narines, et elle éternua. A sa grande surprise, elle ne produisit pas de volcan, mais un superbe jet de grandes flammes qui l’entoura comme un ruban de gymnastique rythmique, avant de s’évanouir dans les airs. Elle revint au sol.

« Parfait ! Excellent ! Maintenant, tu restes dans cette apparence, mais tu vas te mettre en colère.

– Me mettre en colère ? Et pourquoi ? Tu crois que c’est si facile ?

– Il le faut ! Mais si tu n’y parviens pas toute seule je vais t’aider. Ferme les yeux. Pense à Morgaéus. Pense à ce qu’il a fait. Tous ces massacres. Tous ces crimes. Toutes ces tortures. Toutes ces horreurs. Ne pense plus qu’à ça ! Ressens la colère ! Ressens le désir de vengeance ! Laisse-toi aller, laisse-toi gagner par la vengeance, sens la monter…

– Haaaaaaaah ! »

Prune hurla de rage et ouvrir brutalement les yeux ; sa peau avait pris une teinte verte, ses cheveux étaient devenus neuf serpents de feu crachant des flammes, ses dents étaient devenues pointues et ses quatre canines s’étaient allongées ; elle s’envola haut, très haut ; on aurait pu la prendre pour un dragon ; toute sa rage explosait. Elle cracha un énorme jet de lave rougeâtre, déplia les doigts pour en faire sortir des flammes. Elle tournoya ainsi plusieurs minutes, et atterrit enfin, haletante, épuisée, reprenant une apparence humaine.

« J’ai soif ! » dit-elle d’une voix rauque.

Sliéta lui donna un grand vert de menthe à l’eau. Elle souriait, était fière.

« Tu es presque prête, désormais.

– Pourquoi encore « presque » ?

– Parce que tu devras renouveler cet entraînement, tous les jours, pendant quinze jours.

– Et tu crois que je peux prendre mon apparence « dragonne en colère » directement depuis mon apparence humaine ou une apparence céruléenne ?

– Bien sûr. On a quinze jours pour y arriver.

– Mais comment faire ?

– Vois-tu, pour prendre une apparence céruléenne ou dragonnesque, on a deux solutions : soit être confronté à un élément extérieur, soit choisir de prendre telle ou telle apparence. En milieu aquatique, tu prends ton apparence céruléenne ; si tu retrouves un jour au milieu d’un feu, tu prendras automatiquement ton apparence dragonesque. C’est un phénomène naturel. Le seul moyen d’empêcher ce phénomène, c’est le coup des encoches ; tu en as déjà entendu parler, je pense ?

– Oui, répondit la jeune fille d’un air sombre…

– Bon. L’autre solution, le choix, est une affaire de concentration, de pensée. C’est ton nom qui te permet de choisir ton apparence. Tu peux même en prendre deux à la fois… Tiens, essaie un peu : tu vas fermer les yeux, et penser à un des éléments de ton nom, avant la filiation, bien sûr. Tu ne me diras pas lequel, je dois le voir. »

Prune réfléchit : Biélouchka ou Andodromtsa ? Cela lui paraissait étrange de prendre une apparence céruléenne en plein désert, mais elle voulait alterner avec l’apparence dragonesque qu’elle venait de prendre… Et un mix des deux, ça donnerait quoi ? Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle découvrit Sliéta, Olukiba et Mylko qui la contemplaient d’un air étonné.

« Bah quoi ?

– Dis-nous ton nom, demanda Olukiba.

– Bah Prune ! répondit Prune.

– Ton nom complet, précisa Mylko.

– Prune Biélouchka Andodromtsa Okéanou-Malka-Draconiste… Tzali… Et après c’est la filiation puis viennent les conditions encore obscures de ma naissance… Oh, mais ça fait des noms en plus !

– C’est là où je voulais en venir, reprit Sliéta. Pense « Biélouchka » et tu prendras ton apparence céruléenne ; pense « Adodromtsa » et tu prendras ton apparence dragonesque ; si tu veux prendre tes apparences d’attaque, ce sera « Okéanou-Malka » côté céruléen et « Malka Draconis » côté dragonesque ; pour avoir les deux en même temps, pense « Okéanou-Malka-Draconiste » si c’est pour attaquer, sinon ce sera « Tzali ».

Les quinze jours furent vite passés. Prune maniait le feu avec une facilité déconcertante et passait d’une apparence à l’autre en moins d’une seconde ; toutefois elle ne parvenait pas à se battre sous l’apparence « Okéanou-Malka-Draconiste », comme s’il s’agissait d’un simple costume. D’après Sliéta, c’était parce qu’il manquait encore un élément du nom, l’élément qui permettrait vraiment de maîtriser les deux apparences d’attaque en même temps. Toujours selon Sliéta, cet élément viendrait plus tard, au moment opportun. Pour le moment, Prune devait retourner à Siudka.

 

Fin de la

neuvième partie.

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18 août 2011

Chapitre 51 : les Portes.

Chapitre 51 : les Portes.

 

Le phœnix de tout à l’heure revint virevolter autour de Prune.

« Bravo, encore un sceau rompu. Tu dois être capable de dire ton nom presque en entier, désormais.

– Prune Biélouchka Andodromtsa Okéanou-Malka Perle-de-Lune Tamashuka Daurade-Rose Samoa Fructidora Lolena Rodiballaïlah… C’est tout ce que je sais.

– Oui, il t’en manque encore, mais tu as tout le début, maintenant ! Tu arrives à la Léhéména. Bon appétit ! »

L’oiseau s’envola au loin. « Bon appétit ? » s’étonna Prune. Pourquoi m’a-t-il dit ça ?

Ils franchirent des portes qui ressemblaient à de grands paniers. Le sol était d’une jolie couleur de blé mûr. Des arbres touffus se dressaient tout le long du chemin.

« C’est quoi, ce qui pend des arbres ? » s’enquirent les mi’ikih.

Prune s’approcha d’un des arbres. Pas d’erreur possible : ce qui pendait des arbres, c’était du pain.

« Je comprends le nom du lieu[1], sourit-elle en décrochant un petit pain aux céréales, et je comprends pourquoi le phénix a dit « bon appétit » ! Mangez, c’est du pain ! »

Ils traversèrent cette minuscule région assez vite et très agréablement. Ils arrivèrent à de très hautes et lourdes portes fermées aux dessins macabres. Des murs hérissés de pics acérés empêchaient toute tentative de contournement des portes. Prune consulta son plan : c’était bien là, mais rien n’indiquait la façon d’ouvrir ou de franchir ces portes.

« Je vais voir ce qu’il en est », dit Prune avant de prendre son apparence dragonesque. Elle fut surprise de devoir s’y prendre à deux fois pour y parvenir, mais finalement s’envola. Mais au-delà du mur et des portes, c’était le désert. Dépitée, Prune revint au sol.

« Rien. Le désert à perte de vue. Franchement, qu’est-ce qu’on fait là ?!

– Il doit bien y avoir quelqu’un pour nous accueillir et ouvrir ces portes…

– Ils ne savent peut-être pas encore qu’on est là…

– Eh ! Ouvrez-nous ! Oh !  » hurlèrent les mi’ikih.

Ils se mirent à faire un vacarme assourdissant et à donner de violents coups de pieds et de poings dans les portes, qui résonnaient sinistrement. Soudain, les portes s’ébranlèrent et commencèrent à s’ouvrir. Les mi’ikih hurlèrent de joie ; Prune esquissa un sourire à peine visible. Un homme d’assez grande taille, aux longs cheveux bleu-turquoise, aux beaux mais tristes yeux violet foncé, vêtu d’une armure rappelant le monde marin et armé d’un trident argenté, se tenait là.

« Nous ne vous attendions pas si tôt, dit-il d’une calme voix grave. Nous sommes désolés de ne pas vous avoir accueillis comme il se devait. Mais nous allons tout faire pour que vous soyez traités avec le soin et l’attention qui vous sont dus.

– Nous avons un mi’iki blessé, répondit Prune.

– Entrez vite », reprit l’homme.

Prune et les mi’ikih découvrirent alors à leur grande surprise que les portes ne donnaient pas sur un désert, mais sur un somptueux palais. Dès que tous eurent franchi les portes, celles-ci se refermèrent. Des personnes s’affairèrent pour soigner le blessé. Chacun fut conduit dans une chambre.

« Reposez-vous, dit l’homme qui les avait accueillis ; nous nous retrouverons ce soir dans la Salle du Conseil. »

La chambre de Prune était très confortable, ombragée, avec un lit douillet, une armoire en bois avec un grand miroir, une table sur laquelle étaient posées une corbeille de fruits qu’elle n’avait encore jamais vus et un grand verre d’une boisson verte qu’elle ne connaissait pas. Elle goûta le tout, et trouva cela fort bon. Une porte donnait sur un cabinet de toilette, où avaient été préparés gants, serviettes, brosse à dents et vêtements propres exactement à sa taille. Pas mal, dit-elle… Et pour se détendre, elle s’amusa à présenter la chambre façon publicité.

« L’hôtel de Chépahou, que vous finirez par trouver après un périple de plusieurs jours. Vous pourrez vous y reposer en toute tranquillité ! Lit confortable (elle se jeta en arrière sur le lit)… Non, très confortable, rafraîchissements exotiques (elle mangea un petit fruit et but une gorgée de boisson)… Excellents, vaste armoire (elle ouvrir l’armoire en bois) … Très vaste armoire, où vous pourrez entreposer toutes vos affaires, cabinet de toilette avec douche, WC, lavabo, avec linge et brosse à dents fournis (elle ouvrir le placard du cabinet de toilette)… Dentifrice, shampooing, gel douche, rasoir électrique, déodorant garnissant le placard, décoration simple mais de bon goût, et surtout accueil par un très, très beau gars !... Bon, je vais dormir un peu, moi, ça vaut mieux. »

Elle s’endormit et se réveilla alors que le soleil dardait ses rayons vespéraux, donnant à la chambre une teinte vermillon. Elle se rendit au cabinet de toilette, et en ressortit au bout d’une demi-heure, rafraîchie, vêtue d’une somptueuse robe bleu-vert foncé et rouge orangé, d’un pantalon de même teinte, avec une longue ceinture bleu-vert foncé, de chaussures en bois peint des mêmes couleurs, et d’une riche coiffe. Quelques discrets petits coups furent donnés sur la porte de la chambre.

« Vous pouvez ouvrir ! » cria Prune d’un ton jovial.

Une femme vêtue de violet passa la tête : « le roi Mylko t’attends dans la Salle du Conseil, je vais t’y mener. »

Elles empruntèrent des couloirs, des escaliers, puis un passage secret qui donnait sur la salle du conseil. Un rideau constitué de fils de soie faisait office de porte. Prune aperçut tous les mi’ikih, vêtus des mêmes vêtements qu’elle mais en jaune et violet, assis en ellipse sur des coussins, le roi (l’homme qui les avait accueillis tout à l’heure) était assis à une des extrémités de l’ellipse, et à l’autre extrémité un coussin l’attendait. Prune passa entre les fils de soie. Le roi se leva, s’inclina devant Prune et l’invita à s’asseoir.

« Wouah, dit la jeune fille aux mi’ikih. Vous êtes beaux, comme cela, ça vous va bien.

– Ouais mais on voit moins nos muscles », regretta Florent.

Manon et Julie hochèrent la tête en soupirant entre leurs dents. Pendant ce temps, Mylko avait pris une louche, ouvert la vasque qui était devant lui, et remplissait quatorze écuelles qu’il distribua aux mi’ikih.

« Euh… Qu’est-ce que c’est exactement ? demanda Valentin.

– On dirait du vin, répondit Benjamin.

– Ce n’est pas du vin, dit Mylko. Buvez.

– Bah pourquoi j’en ai pas, moi ? s’indigna Prune.

– Parce que tu es Céruléenne, expliqua le roi. »

Prune maugréa et lui tira discrètement la langue.

« Reposez-vous bien cette nuit, mi’ikih, car vous repartez demain.

– On va encore traverser tout ça ?

– Non, vous passerez par le souterrain qui relie ce palais à la tour d’Olukiba.

– Il y a un souterrain qui relie ce palais à la tour d’Olukiba ? s’enquit Prune lentement, abasourdie, d’une voix qui dissimulait mal son irritation.

– Oui, bien sûr…

– Et il était inutilisable, c’est ça ? tenta de se rassurer la jeune fille. Il vient d’être réparé et c’est pour ça qu’ils pourront passer par là. C’est ça ?

– Non, il a toujours été utilisable.

– Mais il est beaucoup trop long et l’atmosphère y est irrespirable, non ? ajouta-t-elle d’une voix de plus en plus forte.

– Ce souterrain est parfait. Il y fait bon, et on met deux heures en marchant lentement pour rejoindre la tour d’Olukiba.

– Deux heures ? s’emporta Prune. ON A MIS PLUSIEURS JOURS POUR PARCOURIR UN CHEMIN POURRI SOUS UN SOLEIL DE PLOMB, ON A FAILLI SE FAIRE TUER, UN MI’IKI A ETE BLESSE, ON A RENCONTRE DES BESTIOLES BIZARRES QUI AURAIENT PU NOUS DEVORER, DES GENS TOUT AUSSI BIZARRES QUI…

– IL LE FALLAIT POUR QUE TU TE REVELES EN TANT QU’ANDODROMTSA ! la coupa Mylko.

– Qu… Qu’arrive-t-il aux mi’ikih ? s’inquiéta soudain Prune, voyant que ces derniers avaient sombré dans un profond sommeil.

– Ne t’inquiète pas, je leur ai donné un puissant somnifère, pour que nous puissions parler de choses qui ne les concernent pas. Tu vas t’entraîner avec Sliéta.

– Chouette !

– Ensuite tu retourneras à Siudka. Un conseil doit statuer sur les dates, une fois cela fait tu seras recontactée.

– Dans combien de temps ? Qui participe à ce conseil ? Les dates de quoi ? Qui me recontactera ?

– Oh, doucement ! Je n’en ai aucune idée.

– Et… Aurais-tu par hasard une idée quant aux bestioles nocturnes ? demanda la jeune fille après un temps de silence. Personne n’a voulu m’en parler, pas même Olukiba.

– Olukiba… répéta Mylko en soupirant d’un air mélancolique, les yeux perdus dans ses pensées, les doigts entortillant ses longs cheveux.

– Oooooh, il y a mammouth sous gravillon ! s’exclama Prune les yeux brillants.

– Si seulement… Mais là n’est pas la question. Qu’as-tu remarqué par rapport à ces bestioles nocturnes.

– Aucune pilosité, aucune pigmentation, les yeux rouges… Elles me font penser à un film avec Will Smith… ça a un rapport ?

– Pas exactement, mais il y a des points communs.

– J’ai ramassé deux dents et une griffe qui sont dans mon sac. C’était resté planté dans notre abri de nuit. D’après la forme des dents et de cette griffe, ce sont des animaux genre lions ou truc comme ça, mais après on a traversé une autre région où on aurait dit des humains…

– Oui, se furent des humains autrefois, et des chiens, et des félins. Les Morgaéusiens avaient souvent de grands félins en guise d’animaux domestiques.

– Les Morgaéusiens ? Alors toutes ces créatures sont… Comment se fait-il ?

– Lors de la destruction de Morgaéusia par Perle-de-Lune, certains humains, chiens, et félins sont passés par le Puits Interdit. Ce puits existait du temps où la ville s’appelait encore Yiyor et était sous la protection de Fructidora. On pouvait alors voyager d’Oluleï à Yiyor sans passer par l’un des sept volcans. Mais c’est précisément dans ce puits que Morgaéus a rattrapé Fructidora et l’a tuée. C’est aussi là qu’il massacra Anaxa. Avant de mourir, alors qu’elle agonisait, Anaxa frappa le puits de malédiction : tout être qui tenterait de se rendre à Oluleï en passant par ce puits en serait atteint.

– Le Torrent Argenté d’Ecume et de Rage… J’ai vu ce nom sur la carte.

– C’est le puits. Il a changé de nom quand la vague de Perle de Lune a ravagé la ville. Ce fut si violent que depuis vingt ans, ce torrent coule, juste derrière ce Palais.

– Mais comment les autres ont-ils pu passer, alors ?

– Morgaéus a vu la vague venir, il a fait passer tous ses meilleurs sbires avant que la vague ne s’abatte ; les animaux, eux, ont réagi par instinct, c’est tout.

– Si seulement cet imbécile de Morgaéus était aussi passé par le puits…

– Il a craint d’y passer, et s’est contenté de prendre une ruelle de Sliéta, accompagné de quelques uns de ses suivants.

– S’il y était passé je l’aurais massacré à l’arrivée ! rugit Sliéta, qui était sortie de derrière un rideau. Prune, repose-toi bien cette nuit. Nous commencerons l’entraînement demain matin. »



[1] Le nom « Léhéména » est tirée de l’hébreu lehem, le pain.

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11 août 2011

Chapitre 50 : Andodromtsa !

Chapitre 50 : Andodromtsa !

 

Les deux colonnes qui marquaient le passage à la région suivante étaient à leur base constituées de niche abritant une statue de sphinge. Cependant, l’une des sphinges était représentée sous forme de squelette. Prune consulta le plan de route.

« Nous sommes à la ville des morts. C’est écrit qu’il faut rester sur ses gardes. »

Rien ne ressemblait pourtant moins à une ville que l’endroit où ils cheminaient : des montagnes rocheuses, des falaises abruptes, un soleil de plomb, et un silence assourdissant.

« Baaah, ça me rappelle quelque chose, souffla Manon, pas vous ?

Arrête, je préfère ne pas y penser ! répondit Julien.

De ? » demanda Prune.

Mais avant que quiconque ne répondît, on entendit comme un déclic.

« Mi’ikih en formation ! » murmura Prune. Les autres se placèrent autour d’elle, scrutant les alentours. Un sifflement se fit entendre, et bientôt après une flèche se planta à quelques centimètres du pied de Benjamin.

« Attention !!! » hurla Prune.

Une vingtaine d’assaillants surgirent d’entre les montagnes et attaquèrent la mi’ikibah, qui riposta valeureusement. Quelqu’un saisit Prune, qui se débattit avec violence, balançant ses coudes pointus en arrière.

« Mais lâche-moi, espèce de…

Il faut vous protéger, madame, se justifia le Thomas aux cheveux courts.

Je n’ai pas besoin d’être protégée, je veux me battre ! »

Thomas la lâcha.

« Je n’ai besoin de personne !

Notre rôle est pourtant de vous protéger, et c’est exactement ce que… »

Prune ne le laissa pas finir sa phrase, car une sorte de javelot arrivait dans leur direction. Toutefois Thomas tournait le dos au javelot et ne pouvait donc pas le voir. Elle lui saisit les épaules, et tous deux se penchèrent.

« Bah alors là … » rugit Prune, dégainant son couteau de plongée pour se jeter dans la bataille. Quelques minutes plus tard, les assaillants battirent en retraite.

« Tout va bien ? » s’enquit Prune.

Les mi’ikih, haletants, se regroupèrent autour de Prune, qui les compta. Il en manquait un… Au détour d’une roche, ils virent des pieds et se précipitèrent. Thomas aux cheveux courts était étendu là, deux pieux plantés dans le ventre. Il remuait encore. Julien fit le geste de les enlever, mais Prune arrêta son geste à temps.

« Non, s’écria-t-elle, si tu fais ça, ça arrache tout ! »

Elle s’accroupit auprès du mi’iki, se souvenant d’avoir craché des flammes pour se soigner. Elle tenta de les sortir, mais pas moyen.

« Pourquoi ça ne marche pas ?! s’emporta-t-elle.

Ne vous inquiétez pas pour moi, madame, dit alors Thomas d’une voix faible en respirant difficilement, ça va aller.

Mais ça devrait fonctionner, je l’ai déjà fait ! »

Elle se concentra, des petites flammes violettes sortirent de sa bouche, mais s’évanouirent alors qu’une forte odeur acre envahit l’atmosphère. Tous se mirent à tousser.

« Cou-couvrez vous le visage ! » dit Prune en toussotant.

Toutefois, elle se sentait faiblir, et bientôt sa vision, son odorat et son ouïe se brouillèrent, puis ce fut le noir total.

Tous avaient été attachés par les pieds et les mains, dans une vaste pièce à haut plafond. Des fenêtres en hauteur éclairaient le tout.

« ’tain, les gros bâtards ! » s’exclama Dylan avant d’utiliser toutes ses forces pour se libérer, sans succès.

Pendant ce temps, Prune avait ouvert les yeux et remarqué son sac à l’autre bout de la pièce. Or, dans son sac, il y avait sa bouteille d’eau… Prune remua les doigts avec dextérité pour amener l’eau à dévisser le bouchon puis à venir se former en petite lame très fine pour couper ses liens. Les autres s’efforçaient toujours de se libérer en tirant sur leurs liens autant qu’ils le pouvaient, mais les cordes se resserraient.

« Vous n’y arriverez pas comme ça, dit Prune, attendez un peu. »

Quelques rapides gestes de doigts plus tard, des gouttelettes acérées firent rompre les cordes et libérèrent les mi’ikih.

« Où est Thomas ? » s’enquit Julien.

Un long cri de douleur répondit à la question. Tous se dirigèrent dans sa direction, traversant le labyrinthe des pièces vides couvertes de poussière et de toiles d’araignées. Ils parvinrent enfin dans une grande pièce dont un mur était formé d’une vitre sans teint. De là, ils pouvaient voir leurs assaillants de tout à l’heure. Celui qui semblait leur chef s’amusait à faire bouger les pieux plantés dans le ventre de Thomas, lui arrachant des hurlements.

« Ours en peluche ! Ours en peluche ! » finit par balbutier le pauvre mi’iki.

Oh non, le con, il a dit son mot ! s’exclama Julien.

C’était ça, son mot ? s’étonna Julie.

Son mot ? interrogea Prune. Quel mot ?

Nous sommes liés par contrat à Olukiba, expliqua Julien, et pour se défaire du contrat, il suffit de prononcer un mot qu’on a choisi, ou une expression, deux fois de suite face à un ennemi. Moi, par exemple, c’est « Mara Salvatrucha ». Si je le dis deux fois de suite à ceux-là, je ne suis plus mi’iki et je rejoins les ennemis.

Ce qui veut dire que… déduisit Prune, les yeux rivés sur les autres, qui ôtaient avec précaution les pieux du ventre de Thomas tout en psalmodiant des incantations. Les plaies se refermèrent, formant désormais une espèce de serpent rouge bordé de jaune. Les yeux du jeune homme pétillaient de haine et de démence. Les autres lui donnèrent des ordres, le conduisirent à l’extérieur et disparurent.

« Ils ont des yeux rouges et aucune pilosité, remarqua Prune, tout comme les créatures nocturnes. Je me demande si cela un rapport…

Pourquoi l’ont-ils relâché là ?

C’est évident, poursuivit Prune, ils ne peuvent tuer eux-mêmes ; il leur faut une machine, une marionnette…

Ils lui ont ordonné de nous tuer ? Mais… »

Un joli bruit se fit entendre, et un très bel oiseau vint virevolter autour de Prune.

« Un phénix, remarqua la jeune fille, surprise.

Porte-poignard tu es, porte-poignard tu sais, souffla l’oiseau d’une douce voix cristalline avant de repartir aussi vite qu’il était arrivé.

J’ai déjà entendu ça quelque part… sourit Prune. Et je sais quoi faire. Vous, restez ici et ne bougez pas ! »

Elle dégaina lentement son couteau de plongée, et sortit à son tour. Elle et Thomas se faisaient face, sans bouger. Le regard de Prune était dur, sa bouche entre-ouverte laissait apparaître ses incisives et ses canines, et elle grogna. Le jeune homme s’avança vers elle, les mains tendues comme pour l’étrangler. Elle ne bougea pas, le laissa s’approcher. Au moment où il s’apprêtait à la frapper, elle esquiva le coup, posa sa main gauche sur l’épaule droite du jeune homme, et murmura « Andodromtsa » avant de planter violemment son couteau dans le ventre de Thomas, là où se tenait le serpent rouge et jaune. Aussitôt, les yeux du jeune homme s’écarquillèrent et retrouvèrent une teinte humaine. Prune retira son couteau, arrachant ainsi le serpent, qu’elle projeta en l’air pour le brûler en crachant une flamme ocre et rougeâtre. Puis, sans même y penser, elle déplia soudain ses bras, et sentit comme d’autres bras naître au niveau de ses omoplates ; elle se sentait invincible, légère, et se dit même qu’elle pouvait voler… Ses pieds quittèrent le sol, Prune décrivit plusieurs cercles au-dessus des mi’ikih effarés, se contempla dans un miroir situé au sommet d’une tour : « tiens, encore une autre apparence ! Dragonesque, désormais… J’aime bien… »

Elle atterrit. Thomas était allongé au sol, inconscient. Les autres mi’ikih ne pouvaient s’empêcher de la dévisager.

« Quoi, keskiya ? » grommela-t-elle.

Pas de réponse.

« Bon, on ne va pas rester camper là, il faut avancer… C’est pratique, les ailes, je vais pouvoir regarder si on est loin. »

Elle s’envola. Ses ailes étaient asymétriques, mais très jolies, très décorées. Et elle se rendit compte qu’ils étaient tout près de la Léhéména, et que cette dernière région était très petite : on pouvait déjà voir les Portes.

Elle atterrit, replia ses bras, ce qui eut pour effet de lui faire retrouver une apparence humaine, et indiqua aux mi’ikih la voie à suivre. Ils fabriquèrent rapidement une civière de fortune pour transporter le blessé, et se mirent en route.

Posté par NinieLC à 17:03 - Partie n°09 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

04 août 2011

Chapitre 49 : vers les Portes.

Chapitre 49 : vers les Portes.

 

Prune jeta un œil au plan : le chemin était facile sur le papier : toujours tout droit, balisé par des pancartes représentant des portes ouvragées mais en ruines. Elle considéra un moment ses gardes du corps, qui l’étudiaient des pieds à la tête.

« Je m’appelle Prune Maldiz, leur dit-elle, avant de nous mettre en route, vous allez vous présenter brièvement, vous dites votre nom, ça ira. »

Ils indiquèrent à tour de rôle leur nom : Julien, Rémi, Thomas, Julie, Benjamin, Sofiane, Valentin, Kévin, Thomas, Florent, Zakaria, Dylan, Manon et Kévin.

« Deux Thomas et deux Kévin, bah ça va être pratique, ça… » souffla Prune en retournant le plan de route, où étaient détaillées les différentes étapes du trajet. « Mi’ikih en formation » lut-elle à voix haute, et aussitôt les mi’ikih se placèrent autour d’elle, soudain sérieux. Elle poursuivit sa lecture : « allons-y ! », et tous se mirent en route.

Le grand désert portait bien son nom : de la roche ocre sur une surface plane, à perte de vue. Une flèche peinte dans une matière marron rougeâtre montrait où aller. Ils marchèrent toute la matinée, guidés par les flèches peintes au sol, tant qu’il ne faisait pas trop chaud, puis s’arrêtèrent vers midi, montèrent l’abri de jour (qui ressemblait à un gigantesque parasol), se sustentèrent et dormirent à tour de rôle jusqu’à ce que la température fût redescendue à un niveau plus respirable. Prune ne s’endormit pas tout de suite, et en profita pour demander à ceux qui étaient de garde s’ils savaient quelque chose à propos des créatures nocturnes. Elle fut déçue, mais pas si surprise, d’apprendre qu’ils n’en connaissaient pas plus qu’elle. Dépitée, elle alla dormir, et se réveilla alors que c’était à l’autre groupe de monter la garde. Elle renouvela sa question, mais obtint le même résultat. « Il faudra pourtant s’en protéger ce soir ; les indications précisent qu’il faut monter l’abri de nuit avec le plus grand soin au moment où le soleil commence à ne plus paraître sphérique… »

Ils parcoururent une grosse partie du chemin, étaient presque arrivés à la sortie du grand désert, mais le soleil commençait à décliner. Ils s’empressèrent de monter l’abri de nuit, qui était constitué de bois et de toile : au centre, quatre hautes poutres soutenaient la toile épaisse, qui ensuite s’étendait en cercle, soutenue par douze poutres plus petites. D’autres poutres devaient ensuite être glissées dans des goulottes au bas de la toile, afin que celle-ci ne pût pas être soulevée. Bientôt, ils entendirent des hurlements, des râles, des souffles rauques… L’un des mi’ikih s’écria « ça fait flipper ! », tous se resserrèrent au centre de l’abri ; on entendit les créatures s’approcher, gratter la toile et grogner ; personne ne ferma l’œil de la nuit.

Le lendemain matin, quand ils replièrent l’abri, ils constatèrent des déchirures de griffes et de dents dans la toile. Une griffe et deux dents étaient même restées plantées dans une poutre. Prune les ramassa avec précaution et les rangea dans son sac. Elle consulta le plan : deux colonnes indiquaient le passage dans la région suivante. Elle jeta un regard circulaire sur les alentours, distingua deux petits points à l’horizon, attrapa ses jumelles : les colonnes ! Tous cheminèrent d’un bon pas vers les colonnes blanches, qui rappelèrent à Prune d’autres colonnes : les statues de Malditta… Chassant très vite cette pensée, elle accéléra le rythme et les franchit en premier. Elle se rendit alors compte que le vent, absent dans le grand désert, soufflait ici en rafale. Un vent brûlant, qui soulevait çà et là des tourbillons de sable rouge ou rosé.

« C’est quoi, là bas ? » demandèrent les mi’ikih en désignant ce qui ressemblait à une énorme sculpture.

Prune observa la sculpture attentivement : « c’est une rose des sables, répondit-elle, une rose des sables géante. Nous sommes dans le défilé des sables pétrifiés.

Le défilé des sables pétrifiés, d’après la carte, était une région assez petite : ils en seraient théoriquement sortis le soir même. Ils se mirent en marche. Le vent avait sculpté les sables en roses, arbres, statues…

« Tiens, on dirait une représentation de Celle Qui Est Avec Nous… remarqua Prune face à une très belle statue représentant Nami’ah.

Qui ça ? C’est une déesse ?

Pas exactement. C’est… Etrange de la trouver là, en tout cas !

Pourquoi ?

Parce que… Non, rien, aucune importance. Continuons. »

Le vent avait façonné des statues des fés et héros de la Fleur d’Ecume, mais aussi de Céruléens célèbres. Et soudain, au détour d’un alignement…

« Eh, madame ! On dirait vous, là ! »

Effectivement, Prune était représentée, lors de la rupture du sceau en présence de Gaara. On voyait très bien les animaux marins dans ses cheveux. Son regard était à la fois triste, déterminé et rageur. Prune se dit qu’elle avait vraiment dû faire peur, à ce moment-là.

« Tiens, on est déjà au bout de cette région, apparemment, dit Julie.

Oh, c’est plutôt lugubre, ça… » ajouta le Kévin blond.

Posté par NinieLC à 11:58 - Partie n°09 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]